Article · Luc Legault
Le niksen : ne rien faire, exprès
Publié le 12 octobre 2026
Niksen est un mot néerlandais qui signifie simplement « ne rien faire ». Pas se ressourcer, pas méditer, pas recharger les batteries pour mieux performer ensuite : ne rien faire, sans but et sans résultat attendu. Aux Pays-Bas, le mot s’est transformé en petite contre-idée de la productivité : des images de personnes qui regardent passer le temps, une tasse à la main, sans que cela « serve » à rien. Le mot plaît ici précisément parce qu’il ne promet rien — et c’est aussi ce qui le rend difficile.
Pourquoi c’est plus dur qu’il n’y paraît
Essayez cinq minutes, exprès, sans rien : très vite, la question arrive — « et là, en quoi ça me sert ? ». Notre culture a une réponse prête : si un temps ne rapporte rien, il est volé. Nous avons détaillé d’où vient cette culpabilité de ne rien faire dans un article précédent. Le niksen casse cette équation par définition : le temps en question n’a pas à servir. Ce n’est pas de la paresse déguisée ni une technique de gestion du stress ; c’est un loisir du vide. La différence avec le scroll, en revanche, est nette : faire défiler un fil d’actualité, c’est ne rien faire de raté — l’attention est occupée par un flux, la journée passe sans un seul instant sans sollicitation. Le niksen laisse l’attention sans nourriture, et c’est là qu’il devient intéressant.
Ce que fait le cerveau quand on ne le nourrit pas
Une part du travail est connue des chercheurs sous le nom de « réseau du mode par défaut » : quand aucune tâche n’occupe l’esprit, le cerveau ne s’éteint pas, il part en balade — souvenirs, projets, associations libres. Dans une expérience publiée en 2012 dans Psychological Science, des participants ont effectué une tâche indemandante entre deux épreuves de créativité ; leur esprit vagabondait, et leurs performances se sont améliorées sur l’épreuve suivante, celle qui demandait de trouver des usages inédits à des objets courants. Le vagabondage n’est pas une garantie d’inspiration — mais il explique sans doute pourquoi les idées arrivent sous la douche et jamais en réunion. Vous ne pouvez pas décider d’avoir une idée, mais vous pouvez laisser à l’esprit le temps vide où elle se présente.
Trois niksen possibles cette semaine
- Le temps mort assumé. Choisissez un trajet ou une file d’attente et décidez à l’avance : là, je ne fais rien. Pas de podcast, pas de messages. Regardez dehors.
- La fenêtre. Dix minutes devant une fenêtre, une boisson chaude à côté, rien à l’écran. Si une idée de tâche arrive, notez-la en cinq mots sur un papier et reprenez votre contemplation.
- Le banc. Un banc public, cinq minutes, sans destination. C’est le niksen d’extérieur : rien à viser, juste le passage des gens et du vent.
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